31 . 01 . 2019

SUREXPOSITION

à la Galerie d'architecture

Exposition du 31.01 au 20.02

Il est des rencontres fortuites qui rétrospectivement éclairent leurs circonstances d’un semblant d’évidence. Jamais François Sommer (1904-1973) et Henri Cartier-Bresson (1908-2004) ne se sont rencontrés. Ils sont pourtant nés à 4 ans d’intervalle à l’aube du siècle dernier et laissent un héritage colossal et fragile à la fois : Henri Cartier-Bresson offre une suite d’instantanés enrichie ensuite du legs de son épouse, la photographe Martine Franck. François et Jacqueline Sommer laissent une collection matérialisant les liens entre nature et culture, légitimant l’acte de violence qu’est la chasse par une vision plus large de l’environnement et de l’équilibre des écosystèmes. Entre fugacité, fragilité et prise sur le vif (ou le vivant), l’un et l’autre savaient saisir les mouvements de leur temps. Corollaire ou revers supposé de cette conscience hors du commun, tous deux avaient également le souci de la postérité de leur action comme de leur vision qu’ils ont souhaité pérenniser dans une fondation. Projet pour deux fondations propriétaires, lieu d’exposition et lieu de préservation, lieu de travail et lieu public, la rénovation-reconstruction d’un ancien garage au 79 rue des Archives est un sujet au double fond. Comment incarner deux propriétaires distincts ? Comment mettre en lumière et protéger à la fois ? Comment sauvegarder le Marais et l’investir de manière contemporaine ? Comment démolir et construire un bâtiment de près de 1500 m2 avec pour seul accès un petit porche sur la rue des Archives, sans compromettre la sérénité du quartier et de son site resté occupé par ses habitants ? Mis en regard avec les projets emblématiques récents ou actuels engagés par la Fondation Lafayette Anticipations, qui a su transformer un îlot de la rue du Plâtre pour y ouvrir un lieu de dédié à la création contemporaine (2018, OMA avec DATA), la Fondation Louis Vuitton dans le Bois de Boulogne, la Fondation Luma à Arles, la Fondation Emerige sur l’île Seguin ou, plus anciennement, la Fondation Cartier sur le boulevard Raspail, le projet du 79 rue des Archives révèle la capacité des fondations à activer des quartiers en péril ou sauvegardés, et à ouvrir au public des lieux qui deviennent des destinations culturelles de tout premier plan par des projets immobiliers ambitieux que des acteurs immobiliers réguliers ne parviendraient sans doute pas à initier. Ce constat semble valider a posteriori l’assertion de Michel Pomey répondant peut-être malicieusement à André Malraux dont il était le conseiller : « Le 21e siècle sera le siècle des fondations ».  Que leurs ressorts soient politique, symbolique, juridique, économique ou médiatique, les fondations sont des catalyseurs puissants. La ville du 21e siècle sera-t-elle la ville des fondations ? Et à quelles conditions ? L’histoire ne fait que commencer.
C’est l’intuition de cette exposition dont l’opportunité est le nouveau bâtiment sis au 79 rue des Archives dans le Marais, livré fin 2018 par Lobjoy Bouvier Boisseau Architectes et commandé conjointement par la Fondation Henri Cartier-Bresson et la Fondation François Sommer (plus connue pour son musée de la Chasse et de la Nature), pour y installer ses salles d’exposition, ses archives et ses bureaux pour la première, ses bureaux pour la seconde. La livraison de ce bâtiment constitue un « arrêt sur image » qui fige une projection architecturale, une commande à un temps T, un état de tolérance de la ville par rapport à ses transformations, une personne dans son rôle circonstanciel de maître d’ouvrage et une autre dans celui de maître d’œuvre. SUREXPOSITION saisit son objectif et avance l’hypothèse d’un mouvement plus profond, celui de l’émergence des fondations comme acteurs culturels et urbains de premier plan à Paris.

Une exposition présentée à La Galerie d’architecture du 31 janvier au 20 février 2019.