11 . 09 . 2015

Learning from Athens – A report

OPEN LETTER

photo point supreme -Sigrou-Car copie

Nous avons passé l’année rivés sur l’actualité grecque, suivant avec « terreur et pitié » les différents actes de ce qui ressemblait fort à une tragédie Racinienne. Nous avons choisi de faire notre séminaire de rentrée à Athènes pour y rencontrer des acteurs émergents, architectes, journalistes, éditeurs et agences médias, sans projet précis mais avec la certitude de similitudes entre les réalités architecturales et urbaines française et grecque, toutes deux entre raréfaction de la commande publique, nécessité d’inventer de nouvelles manières de travailler, voire plus radicalement de se réinventer tout court. Que la crise soit un « ongoing process » ou, comme le laisse espérer son étymologie, un point de départ, nous postulons que Grecs et Français ont des retours d’expérience à partager. D’autant que les parallèles entre Athènes et Paris sont évidents : espaces publics et transports publics en berne, vitrification urbaine latente pour cause de patrimoine, mauvaise cohabitation entre habitation et animation urbaine, gros projets d’un autre âge plombant moral et budget, et dans les deux cas des compétitions internationales à grandes échelles lancée pour dessiner le futur des villes, avec d’un côté les 23 sites de Réinventer Paris et de l’autre Rethink Athens. D’ailleurs, cette démarche initiée par la maire de Paris rappelait la voie choisie par la fondation Onassis qui, deux ans auparavant, lançait le projet international Re-think Athens, avorté en décembre 2014 avec le retrait des fonds européens.

+ infos


Nous sommes aussi convaincus qu’il n’y a pas de meilleures manières de prédire le futur que de le dessiner. À Athènes, la réalité du modèle de la « Polykatoika » nous a frappé ( structure que des chercheurs du Berlage Institut ont comparé au Dom-Inno de Le Corbusier pour en identifier le potentiel d’appropriation et d’extension [1]), mais aussi le formidable morcellement de la ville en mini-parcelles familiales loties individuellement (avec la bénédiction de la Ville d’Athènes qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale voulait faire l’économie d’une véritable politique de la ville et qui subsiste sur cet héritage), la quasi absence d‘opération de promotion immobilière de grande ampleur qui en résulte, la sous-qualification des espaces publics qui ne sont souvent que des espaces résiduels inter-propriété, laissés tels quels ou développés en galeries commerçantes et dont l’appropriation est fragile sinon précaire, le manque patent d’espaces verts et d’aires de jeux, le nombre importants de parcelles désaffectées et de bâtiments insalubres, etc.

Tous les acteurs grecs sont aujourd’hui plongés dans une réelle précarité. Face à une commande publique quasi nulle ou des concours sur invitation hasardeux, leur survie dépend de clients privés (qui sont trop souvent des maîtres d’ouvrage occasionnels) pour réaliser ici un lieu de travail ou de production, là un lieu de vie (souvent une magnifique maison individuelle sur une île pour des clients de nationalité étrangère). Pourtant nombre d’entre eux bénéficient d’une visibilité et d’une reconnaissance à étranger (l’agence Point Supreme, à laquelle A’A’ consacrait 12 pages en 2012 [2] participe à la Biennale de Chicago 2015 et développe des projets aux Pays-Bas mais aussi récemment à Tel Aviv [3]; Divercity est installée entre Londres et Athènes, Buerger-Katsota est invitée à enseigner à Harvard University et à la Rhodes Island School of Design et maintient des liens actifs avec l’Autriche) et développent une architecture soucieuse d’entretenir des liens exigeants avec le patrimoine industriel et archéologique comme le paysage (Dimitris Thomopoulos [4]), inventive sinon subversive (Point Supreme [5]) et développent un travail de recherche et d’enseignement entre Athènes, Patras et Chypres.

Notre premier réflexe de consultant est d’encourager cette scène à se fédérer, même informellement, car l’ignorance de leur actualité ou problématiques mutuelles et la rareté des occasions de se rencontrer nous ont frappés. Habitués à se méfier des pouvoirs publics et des logiques de partis, ces acteurs semblent perdre de vue que leur travail s’inscrit dans ce que nous appelons « une vision de la collectivité et du service public ». Il s’agirait dans un premier temps de partager des retours d’expérience pour ensuite développer ensemble l’amorce d’un manifeste ou de recommandations qu’ils pourraient adresser aux pouvoirs publics, institutions et donations qui aujourd’hui comptent en Grèce, au premier rang duquel le maire d’Athènes mais plus stratégiquement son successeur qui ne manquera pas d’entrer en campagne prochainement. Le temps est venu de fédérer les énergies locales autour d’une action collective. Documenta, la star des manifestations quinquennales dont la prochaine édition se tiendra en 2017, a décidé, sous l’impulsion de son directeur artistique Adam Szymczyk et pour la premieère fois de son fistoire, de se diviser entre Kassel et la capitale grecque en donnant à cette édition le titre “Documenta 14: Learning From Athens”. Pendant ce temps, le tout nouveau musée d’art contemporain [6] livré ce mois-ci à Athènes n’ouvrira pas ses portes faute de budget pour le doter de personnel. Une exposition « Ametria » [7], présentée actuellement au Benaki Museum par la Fondation DESTE et dont l’objectif est de sonder la radicalité et la démesure dans l’action, consacre ses premières salles aux premiers plan d’urbanisme d’Athènes à la fin du 19e siècle pour ensuite s’intéresser à des propositions d’artistes. Nous retenons ici moins la transversalité des pratiques entre art, architecture et urbanistes que la preuve d’un contexte porteur.

Notre projet se dessine. Nous voulons fédérer institutions, investisseurs, fondations, universités, critiques et architecte autour d’un nouveau projet Learning from Athens. A report qui sera lancé lors de la Biennale de Venise 2016, dans la dynamique d’actions concrètes voulues par son commissaire général Alejandro Aravena, adepte des démarches militantes et des incursions en territoires extrêmes [8]. En 2016, c’est vers Athènes que nos regards doivent converger et en 2017 c’est à Athènes que nous devront être.

[1] Pier Vittorio AURELI, Maria S. GIUDICI, Platon ISSAIAS. From Dom-ino to Polykatoikia. Domus n°962, october 2012. [2] Alexandre LABASSE. Surrealist Odyssey. L’Architecture d’Aujourd’hui, n° 390. [3] Serpantina, Holon Design Museum, Tel Aviv, Israel, 2015. [4] Usine de production et de transformation d’huile d’olive, Pylos, Dimitris Thomopoulos architect, livraison 2015. [5] 8 Projects for Athens, Point Supreme architects, 13th International Architecture Biennale Venice, 2012. [6] National Museum of Contemporary Art, Stylianidis architects, livraison 2014. [7] Exposition Ametria au Musée Benaki, Pireos St, 12 juin – 11 octobre. [8] Il faisait partie des 100 architectes invités à ORDOS un projet mené par Ai Weiwei en Mongolie Intérieure. Il faisait également partie des huit équipes invitées à travailler sur le chemin des pèlerins de la Ruta del Pelegrino.

- infos